J’adore l’inflation !
Inflation : mal-aimée du quotidien
Pour la plupart des gens, « inflation » est un vilain mot. On la maudit au supermarché en voyant le prix des œufs flamber, à la station-service quand le litre d’essence coûte un bras, ou en recevant l’avis d’augmentation de loyer (encore lui). En général, le consommateur moyen déteste l’inflation, et on le comprend : si les prix grimpent de 5 % mais que votre salaire n’augmente que de 2 %, votre pouvoir d’achat fond comme neige au soleil.
- Panier d’épicerie : +10 % sur un an (et pas parce que vous mangez plus, hélas).
- Essence : des hausses à deux chiffres, assez pour hésiter avant de prendre la voiture.
- Loyers : +5 %, +10 %… votre propriétaire vous offre des augmentations régulières (de loyer, pas de salaire, évidemment).
Bref, pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde, l’inflation est une calamité. D’autant que les salaires ne suivent pas toujours. En 2022, l’inflation annuelle a atteint 6,8 % au Canada — un sommet depuis des décennies. Sur les 30 dernières années, elle tournait plutôt autour de 2 % en moyenne. Autant dire que cette envolée des prix a pris de court bien du monde. Pendant que le panier de courses se renchérissait et que le café crème prenait 0,50 $ de plus, beaucoup de salariés n’ont pas vu leur paie suivre le même rythme (ah, le fameux « rajustement au coût de la vie », qui semble toujours en retard d’un train…).
Un salarié à la diète, un investisseur à la fête ?
Regardons deux personnages face à l’inflation : Simon le Salarié vs Ivan l’Investisseur. Lorsque l’inflation galope, Simon, qui vit de son salaire, doit serrer la ceinture. Son chariot d’épicerie coûte plus cher, son loyer augmente, et son revenu fixe lui donne l’impression de courir sur un tapis roulant qui accélère. En clair, Simon s’appauvrit en termes réels (il peut acheter moins avec le même salaire).
Et Ivan, de son côté ? Figurez-vous qu’Ivan adore l’inflation. Pourquoi ? Parce qu’il a placé ses économies dans des actifs qui profitent (souvent) d’un contexte inflationniste. Tandis que le compte bancaire de Simon stagne, le portefeuille d’Ivan, lui, trinque au champagne. Voici quelques actifs qu’Ivan affectionne particulièrement :
- Pétrole & gaz : actions de compagnies pétrolières qui profitent quand l’énergie grimpe. ExxonMobil a réalisé près de 56 milliards $ de profit en 2022 (record).
- Commerce de détail & alimentation : entreprises capables de refiler une partie des hausses de coûts aux consommateurs, maintenant leurs marges.
- Banques : inflation = souvent taux plus élevés; certaines banques voient leurs revenus d’intérêts augmenter. La Banque Scotia affiche un dividende autour de 6,6 % (variable selon période).
- Technologie : pouvoir de fixation des prix (abonnements, services, matériel). L’inflation devient parfois une “excuse” pour ajuster les tarifs.
Le S&P 500, plus fort que la hausse des prix
Ivan a aussi un allié de poids : le marché boursier. Sur le long terme, investir en bourse a historiquement permis de battre l’inflation. Le S&P 500 (500 grandes entreprises américaines) a offert des rendements moyens de long terme souvent cités autour de 8–10 % par an selon les périodes et méthodes de calcul, soit environ 6–7 % “réels” après inflation dans certaines estimations historiques.
Cela ne veut pas dire “zéro risque” : à court terme, une inflation élevée peut secouer les marchés (les années 1970 ont été sportives). Mais sur la durée, les actions représentent des entreprises qui ajustent leurs prix, innovent et améliorent leur productivité — pendant que la monnaie, elle, perd de la valeur.
L’immobilier multiplex : l’autre chouchou de l’inflation
Outre la Bourse, Ivan a un autre atout : l’immobilier locatif (duplex, triplex, multiplex — le fameux “plex”). Pourquoi les propriétaires s’accommodent-ils si bien de l’inflation ?
- 1) Les loyers montent avec les prix : les revenus locatifs peuvent être ajustés (selon les règles en vigueur).
- 2) La valeur des propriétés suit (souvent) : actif réel, tangible; historiquement, l’immobilier tend à suivre l’inflation à long terme. Exemple : prix médian des plex à Montréal autour de 777 000 $ après une hausse annuelle citée à 7 % (2023).
- 3) La dette est “grignotée” : avec une hypothèque à taux fixe, vous remboursez en dollars dévalués; le poids réel de la dette diminue.
Le grincheux et le grincheux (ou : chacun son inflation)
Quand l’inflation arrive, Simon fait grise mine, Ivan se frotte les mains. Ce n’est pas que l’inflation est “bien”, c’est qu’elle redistribue les cartes : débiteurs et détenteurs d’actifs réels peuvent y gagner; salariés à revenus fixes et épargnants non investis y perdent.
Et pour éviter de caricaturer : Ivan n’est pas forcément un super-vilain. Il a juste pris le bon côté du tsunami. La différence, c’est la préparation.
Conclusion : l’inflation, amie ou ennemie ?
Disons-le clairement : pour la majorité des gens, une inflation élevée est un cauchemar financier. Elle agit comme un impôt invisible qui ronge l’épargne et ampute le pouvoir d’achat. Mais ce même contexte peut avantager ceux qui sont bien positionnés : actions d’entreprises avec “pricing power”, immobilier financé à taux fixe, actifs réels.
Moralité : l’inflation ne pardonne pas à ceux qui la subissent, mais elle peut sourire à ceux qui la courtisent intelligemment. Dans un monde parfait, on voudrait que les salaires suivent; dans le monde réel, il faut apprendre à se protéger. Autrement dit : investir un peu de son Simon-salaire pour Ivan-iser son avenir financier.
Sources (liens)
- Budget du Canada 2023 – Annexe 1 (projections, inflation)
- Exxon record profit 2022 (~56B$)
- L’immobilier locatif est de moins en moins attrayant (InfoBref)
- S&P 500 – Définition
- S&P 500 Average Returns (Investopedia)
- Taux d'inflation aux États-Unis (donnéesmondiales)
- Maison, immeuble, plex : foncer ou pas ? (L’actualité)